Nathalie Morel, orthopédiste de 52 ans, vient de s'installer à Annecy après des années de
pratique dans une clinique réputée de Lausanne, en Suisse. Elle connaît le pied féminin
mieux que personne ses fragilités après 50 ans, ses points de pression, les douleurs
silencieuses que les femmes finissent par accepter comme une fatalité.
Un matin, une patiente lui parle d'une cordonnière "extraordinaire" à Talloires. Une
femme capable de transformer n'importe quelle chaussure inconfortable en une chaussure qu'on
ne veut plus quitter. Nathalie, sceptique mais curieuse, prend sa voiture.
Ce qu'elle découvre dans le petit atelier face au lac la sidère. Martine est penchée sur
son établi, une aiguille à la main. Sa couture latérale, ce fil épais qui court le long de
la chaussure, est d'une précision chirurgicale. Chaque point est régulier. Chaque geste a un
sens.
"J'ai compris en la regardant", raconte Nathalie. "Ce que je savais en théorie —
où placer le soutien, comment répartir les pressions, elle le savait dans ses mains. Sans
jamais avoir ouvert un livre de médecine."
Ce jour-là, Nathalie pose la question qui changera leurs deux vies :
« Et si au lieu de réparer les mauvaises chaussures des autres, on créait les
bonnes nous-mêmes ? »
Martine la regarde. Sourit. Et dit simplement : "J'attendais que quelqu'un me le
propose."